Tuesday, May 25, 2010

Philippa World - La Voix du General

En 1966, à la sortie de mes études supérieures (Institut national agronomique et Ecole nationale des Eaux et Forêts) je savais que l'Etat exigeait, pour ses futurs cadres, une instruction militaire assortie à nos diplômes civils. Ma filière était habituellement versée dans l'arme du Génie mais le Général d'Armée, gouverneur militaire de la région Est avait regardé le dossier et il avait décidé d'affecter quatre jeunes ingénieurs forestiers à la prestigieuse Ecole de Cavalerie de Saumur. Hasard ou tradition, les porteurs de titres nobiliaires avaient été retenus et je complétais le groupe. Cette Ecole portait le nom déjà modernisé "Ecole de l'Arme Blindée Cavalerie" (EABC). Une partie non négligeable de la formation comportait des exercices "montés" (cheval et moto). Le Cadre Noir assurait une formation de la partie équestre, dont la difficulté était adaptée au niveau des officiers élèves. Le passage du cheval aux engins à moteur n'a nullement entamé les traditions de l'Arme, qui est fière de son style, de son étiquette et d'un vocabulaire très spécifique, assez différent de celui de l'Infanterie par exemple. Malheur au maladroit qu'une confusion de termes obligeait à offrir un apéritif au Champagne de France dans notre salle à manger - (les cavaliers n'aimant pas le terme de "mess"). Cette époque est malheureusement révolue et les derniers chevaux militaires ont maintenant quitté l'armée, à l'exception de quelques unités de prestige comme la Garde républicaine).
Amateur d’histoire ancienne, j'ai eu la chance d'emporter le souvenir d'un monde qui s'est refermé au rythme effréné d'une mondialisation qui balaie les traditions et qui multiplie les schémas culturels stéréotypés.
Les chevaux de Saumur que nous avons montés pendant six mois étaient spécialisés dans l'art militaire. Ils avaient porté des promotions d'élèves et ils repéraient dès la première seconde l'officier inexpérimenté et maladroit. Je n'ai pas le souvenir d'y avoir vu des Camarguais. Tous les chevaux connaissaient les commandements militaires donnés par le Chef d'Escadrons. Ils réagissaient à l'ordre en même temps que leur cavalier, et parfois même plus vite que lui. Lors d'un exercice de défilé par quatre, le Commandant du Cadre Noir nous avait honorés de sa visite, monté sur un animal magnifique. Selon nos traditions, le Chef d'Escadrons avait crié "Messieurs, le Colonel", un commandement que les animaux avaient immédiatement saisi en s'immobilisant par eux mêmes, sans attendre la réaction des élèves !
Après Saumur, j’ai été versé en qualité de Chef de Peloton dans une unité de Spahis (ex- marocains), en service sur des engins légers de reconnaissance. J’y ai apprécié la persistance des missions traditionnelles assignées à la cavalerie légère : Renseigner(1), Couvrir(2), Combattre(3) restaient les maîtres mots de notre engagement, qu'il soit à cheval ou mécanisé.
Comme je l'ai écrit au début de cet interview, je me suis simultanément engagé dans mon métier de forestier et parallèlement, pour le loisir, dans l'étude des sociétés anciennes, avec l'indépendance gauloise, le monde méditerranéen, l'Empire romain, puis les mouvements des peuples d'Europe centrale, entrés dans le monde latin et intégrés de gré ou de force du cinquième au dixième siècle. Les modèles de cultures successivement empilés se sont télescopés. Retenons que les chevaux ont joué un rôle considérable dans ces mouvements, chaque civilisation ayant introduit une race chevaline spécifique à ses traditions. Certains peuples ont disparu, d'autres se sont fixés là où les derniers empereurs romains les ont installés, à moins qu'ils n'aient conquis le territoire par la force. Les zones ainsi colonisées y ont conservé l’empreinte des races chevalines, qu’elles aient évolué sur place ou qu’elles aient été croisées avec le cheptel déjà en place. Comment repérer l'origine d'une race originale ancienne - camarguaise par exemple - au cœur de cette Provence, traversée une demi-douzaine de fois par des peuples de cultures fort différentes dans l'espace de quelques siècles seulement ? Il faudrait, pour être sûr des filiations, procéder à des investigations génétiques spéciales dont je n’ai pas eu connaissance si elles existent. A l'époque gauloise, la représentation imagée du cheval domine largement parmi les thèmes qui ornent les monnaies celtiques jusqu’à la romanisation. Le sanglier vient en second, dans une représentation de type héraldique assez figée, sans doute inspirée des emblèmes guerriers (le fameux "coq gaulois" est quasiment absent des sujets monétaires !). Le cheval que l’on voit sur les monnaies est debout ou en marche. Il est soit seul, soit monté par un aurige (4), homme ou animal (oiseau souvent). Dans l'ouest de la Gaule, le torse du cheval est humanoïde, référence à des légendes dont le sens nous échappe.
Je ne crois pas à la survivance de races phéniciennes, car les marchands pratiquaient le cabotage le long de comptoirs commerciaux qui étaient souvent implantés sur des sites stratégiques. Ils y échangeaient des produits miniers, artisanaux ou alimentaires et certainement très peu d'animaux vivants dont la présence eût été incompatible avec l'espace disponible sur les voiliers.
La situation est différente à l'époque romaine, dont les armées sont bien connues. Mauvais cavaliers, les Latins avaient néanmoins renforcé leurs légions avec des régiments de cavalerie nommés "alae". Chaque unité comportait plusieurs centaines de cavaliers. L'armée impériale a compté jusqu'à 390.000 soldats, dont une petite moitié seulement de légionnaires professionnels. Les autres militaires étaient « volontaires » ou simplement « mercenaires », souvent recrutés parmi les étrangers ou les non-citoyens romains. La cavalerie romaine entre dans cette dernière catégorie. Elle recherche des indigènes alliés à l'Empire et excellents cavaliers. Ces unités ne sont jamais cantonnées à proximité de leur pays d'origine pour prévenir toute trahison ou rébellion. Nous avons connaissance d'unités formées de Bataves, Frisons, Bretons, Numides ou Maures, Sarmates, Dalmates...dont les montures ont nécessairement laissé des itinéraires génétiques à proximité des garnisons romaines longuement tenues aux frontières de l’Empire (Afrique du Nord et couloir Rhin-Danube).
Je crois que les grandes invasions du III° siècle ont eu un impact sur l'évolution des populations de chevaux. Ces invasions, bien connues et datées, sont passées brutalement le long d’axes routiers, en témoignent les nombreux trésors monétaires hâtivement enfouis au dernier moment par leurs propriétaires gallo-romains affolés. Les monnaies retrouvées et datées sont le fait de propriétaires disparus, morts en définitivement enfuis. La vague de ces invasions s'étend sur trois décennies, soit de 250 à 280 environ. Tous ces raids étaient conduits par des tribus germaniques qui réussirent à percer jusqu'au pied des Pyrénées en 276. L'Empire romain reprend ensuite l'initiative et il tente de repeupler les provinces dévastées par des contingents de barbares capturés, reconvertis et pardonnés. Ces derniers ont sans doute conservé et perpétué leurs propres races de chevaux, notamment lorsque l'Empire leur a confié des terres à remettre en culture (Périphérie du Massif central, Champagne…).
Plus tard, les armées des dynasties constantiniennes, valentiniennes et théodosiennes réussissent à tenir l'interminable frontière Rhin/Danube pendant plus d’un siècle encore, jusqu'à la catastrophe de 406/407, date à laquelle des populations venues de l’Europe centrale et orientale traversent le Rhin gelé avec leurs femmes, leurs chevaux, leurs armes et leurs bagages. L'Empire ne peut contenir cette immigration musclée que les derniers Théodosiens cantonnent de gré ou de force par "nations" là où les Gallo-romains dégagent de l'espace rural à contrecœur. Ces "nations" vont y laisser quelques noms de lieux ainsi colonisés, parfois maintenus jusqu'à nos jours. C’est ainsi que l’on explique des noms de pays ou de villes comme par exemple la « Vallée française » peuplée par les Francs, la Gothie languedocienne des Wisigoths, la Bourgogne des Burgondes ou la cité lorraine de Sermaize, fondée par des Sarmates… Tous ces peuples fuyaient, sur leurs chevaux, une poussée asiatique qui terminera son épopée dans un sanglant désastre aux «Champs catalauniques » près de Troyes en 451. J'ai habité pendant dix ans la commune de La Rivière de Corps, dont le nom passe pour restituer le harcèlement des hordes d'Attila par une véritable armée européenne qui rassemblait les Gallo-romains et la quasi totalité des nouvelles nations "barbares" entrées en 406. Cette sorte d’armée européenne avant l’heure était commandée par le Général romain Aetius. Un roi des Goths et des princes "barbares" ont été tués aux environs de Troyes. Une tombe d'une richesse inouïe a été retrouvée au nord de Troyes dans le lit d'une rivière qui fut détournée à cet effet : les objets, armes, bijoux luxueux étaient ceux d'un cavalier de haut rang - royal peut-être. Cette guerre a certainement vu l'abandon ou l'acclimatation de nombreux chevaux de toutes origines.
A l'autre bout de la Gaule, la Provence camarguaise est également concernée par le passage des Ostrogoths, qui en sont bientôt délogés par les petits fils de Clovis. Plus tard encore, les musulmans, maîtres de la Méditerranée, s'accrochent à la côte provençale où ils installent de véritables bases, comme celle de la Garde Freinet d’où ils "rayonnent" et pillent l'arrière pays. En revanche, il me semble impossible que les Gallo-romains aient été en contact direct avec les Mongols, qui essuyèrent leurs armes beaucoup plus tard sur les restes de l'Empire byzantin autour duquel s'étripaient une pluralité de nations irréconciliables entre elles (Principautés seldjoukides, petite Arménie, Croisés de l'Occident, dynasties arabes issues du démembrement du Califat de Bagdad) - tous montés à cheval, toutes races et origines diverses. Ces contacts ont hâté l’évolution des races de chevaux en Orient : il est aussi possible que certains Croisés survivants en aient rapportés des spécimens dans leurs fiefs occidentaux.
Le travail civil des animaux utilisés en milieu agricole est souvent associé à certaines formes de jardinage de la nature, notamment pour limiter son embroussaillement et le danger d’incendie de forêts ou de végétation. Nous conseillons ici la consultation des travaux scientifiques relatifs aux performances des herbivores employés à la réduction des milieux embroussaillés. Ces études ont généralement pour objet l'évaluation du pâturage en milieu naturel combustible : l’efficacité de la consommation végétale par les animaux réduit-elle sensiblement le risque d’incendie ? En règle générale, il est avéré qu'aucune espèce animale ne trouve suffisamment de nourriture permanente en toutes saisons pour satisfaire ses besoins :

- Les plantes qui ne sont pas consommées prennent le dessus sur les autres ce qui diminue la valeur nutritive du terroir si l'agronome ne fait rien ;
- Certaines stations végétales sont inaccessibles ou improductives à certains moments de l'année (inondations, sécheresses, neige) ;
- Les herbivores choisissent leurs prélèvements, suivant des menus nécessaires à leur physiologie (ligneux bas, herbes, écorces) de sorte que des carences éventuelles peuvent apparaître et être ensuite corrigées par des compléments alimentaires. L’estimation de ces compléments suppose que l’éleveur connaisse parfaitement ce que consomment ses animaux et ce qui leur manque.
- A l'exception des caprins, peu d'animaux acceptent de s'attaquer à des milieux végétaux fermés et hostiles. Il faut donc broyer des itinéraires de pénétration aux herbivores les plus frugaux qui acceptent de s’aventurer et de consommer dans ces milieux vierges. On dégage ainsi des îlots de verdure aérés, accessibles et consommables au sein desquels les animaux ne se découragent pas.
Dans ce panorama, le cheval apparaît comme un auxiliaire docile, discret précieux : s'il ne contribue que moyennement à la première ouverture des parcours neufs, il assure ensuite un entretien de qualité par un travail consciencieux.
Jacques Grelu

Philippa World wanted to share with you "live" what the General just shared with us in French. Next, the Vox of the General...stay tunned!

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